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Sud de l'Arizona

Général

SUD DE L'ARIZONA

Un cow-boy québécois dans le Far West

Andrée Lebel

La Presse

Dès qu'on s'éloigne un peu de Tucson, la principale ville du sud de l'Arizona, on plonge dans le Far West. Des villages fantômes, des mines abandonnées et des montagnes de toutes les formes que les couchers de soleil teintent de mauve et de violet. Ce sont les mêmes paysages qu'on voit dans les films westerns.

De loin, les montagnes semblent désertes. En réalité, elles sont pleines de vie et abritent de véritables joyaux. Comme le Cochise Stronghold où j'ai passé une nuit, à 5000 pieds d'altitude dans les montagnes Dragoon.

J'avoue avoir paniqué un peu en lisant les directives pour m'y rendre. Il fallait quitter les belles routes asphaltées pour emprunter une route de terre cahoteuse qui serpente dans la forêt nationale Coronado. Une vingtaine de kilomètres dans la noirceur qui s'installait et le silence le plus complet. Je suis finalement arrivée à la nuit tombée dans la forteresse où Cochise, le chef des Apaches, s'est caché pendant 12 ans avec ses

hommes.

Une maison, deux yourtes et un tipi. Les propriétaires Nancy et John Yates, en complète harmonie avec leur environnement, habitent l'une des deux yourtes. L'autre est réservée aux ateliers de méditation que donne John. Dans la maison qui sert de gîte, on a aménagé deux suites où les clients sont hébergés dans un confort inespéré.

Sachant que je viens de Montréal, Nancy m'annonce qu'elle a invité pour la soirée un cow-boy qui parle français. Il vit dans les montagnes Chiricahua, de l'autre côté de la vallée. Arrivera-t-il sur son cheval? En attendant, elle me fait visiter son domaine. On se croirait dans une bulle tant l'air est pur. Le ciel, d'une clarté étonnante, est parsemé d'étoiles et un grand halo lumineux entoure la lune. Autour des habitations, il y a plusieurs sentiers de méditation, jalonnés de sculptures de marbre.

PascalGlisser et Déposer

Tout à coup, j'aperçois une lumière qui bouge dans la montagne. Faut-il appeler les secours? «Pas du tout, c'est quelqu'un qui a escaladé la montagne pendant la journée et qui redescend», dit Nancy après avoir observé qu'il se déplaçait normalement. Des touristes du monde entier viennent escalader le dôme des montagnes Dragoon et ils redescendent souvent le soir.

Un bruit de voiture fend l'air des montagnes. C'est notre cow-boy qui arrive dans un gros pick-up. Originaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, Guy Cloutier est depuis quatre ans l'heureux propriétaire d'un ranch de 80 acres. Il y a construit sa maison lui-même, avec l'aide de ses deux fils, après avoir vendu son entreprise. C'est la retraite dont il a toujours rêvé. Mais comme il n'a que 50 ans, il s'amuse à acheter et vendre des chevaux.

Comment a-t-il découvert ces montagnes? «À 19 ans, j'ai voyagé pendant trois mois à travers les États-Unis et je suis tombé amoureux de l'Arizona. J'ai toujours voulu revenir y vivre.» Entre-temps il a travaillé à Montréal et dans l'État de New York avant d'ouvrir des magasins d'alimentation pour les chevaux à West Palm Beach, en Floride. Il est aussi devenu citoyen américain et a élevé quatre enfants en ne cessant de rêver d'un ranch en Arizona. «Comme je ne savais pas trop où m'installer, j'ai acheté des terrains ici et là dans la région.» Puis le rêve s'est précisé quand il a reçu une offre d'achat pour ses magasins.

Cow-boy, propriétaire de ranch ou homme d'affaires à la retraite? «Un peu tout ça», dit-il en m'invitant à visiter son ranch.

Le lendemain, j'ai rendez-vous avec Guy Cloutier dans le petit village de Sunsites, à la sortie de la forêt. Nous partons dans son camion. Son ranch est situé à une trentaine de kilomètres, près du village fantôme de Pearce. Ici et là, nous rencontrons des patrouilles frontalières. «Elles sont à la recherche des Mexicains qui rentrent illégalement aux États-Unis par les montagnes», explique-t-il en me rappelant que nous sommes à moins de 40 kilomètres de la frontière. Un important trafic de drogues se fait aussi via les montagnes.

Pointant le sommet d'un pic rocheux, il dit: «C'est là que je dois aller répandre les cendres d'un vieil homme de la région qui vient de mourir. J'aurais préféré qu'il choisisse une montagne moins abrupte, mais c'était sa dernière volonté. J'attends une journée fraîche pour remplir ma promesse, car l'escalade ne sera pas facile.»

Désertes, les montagnes? «On y rencontre toutes sortes de gens, qui viennent de partout. Aussi bien des illettrés que des artistes et des scientifiques. Des prospecteurs y cherchent encore de l'or et plusieurs sectes y ont établi leurs quartiers généraux», confirme le cow-boy qui a l'habitude de s'y promener à cheval.

Au loin, nous apercevons son domaine. Un vrai ranch avec l'horizon à perte de vue, de magnifiques chevaux et une maison tout en bois coiffée d'un toit bleu. «C'est pour rappeler le Québec», dit Guy Cloutier en reconnaissant que cette construction est pour le moins surprenante dans le paysage de l'Arizona. Il a même fait venir les matériaux (du pin et de la pruche) de Saint-Eustache. C'est une maison comme on en voit dans les magazines. Il m'apprend avec fierté que des entrepreneurs de la région ont voulu lui acheter ses plans. Mais il n'en a pas. Comment a-t-il pu construire sans le moindre croquis? «J'en ai rêvé pendant 27 ans», se contente-t-il de dire en esquissant un sourire.

Oui, le Far West existe encore.

PascalGlisser et Déposer

Guy Cloutier, originaire de Saint-Jean-sur-Richelieu, est propriétaire d'un ranch de 80 acres, près du village fantôme de Pearce.

 

Pascal

 
 

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