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Une journée dans un monastère

Général

Une journée dans un monastère en Corée du Sud

André Désiront

La Presse

Collaboration spéciale

À 3h du matin, les claquements saccadés de baguettes frappées contre un tronc évidé signalent aux moines du monastère d'Haeinsa qu'il est temps de se lever.

Dans l'étroit couloir qui sert de dortoir aux visiteurs masculins, mon voisin est déjà en train de replier son matelas de sol, m'invitant à en faire autant. Même si la lune s'est couchée, une superbe constellation d'étoiles projette sur les cours et les bâtiments du monastère une lueur suffisante pour me permettre de me diriger sans encombre.

Devant un pavillon bordant la cour principale, je retrouve une quinzaine d'autres visiteurs, qui comme moi ont couché dans les dortoirs réservés aux laïcs de l'extérieur. Bientôt, quatre moines nous dépassent et se glissent entre les colonnes qui soutiennent le toit de tuiles du pavillon. Ils ont passé la cape lie de vin des cérémonies par-dessus leur kimono gris. L'un d'entre eux tient une paire de baguettes et il s'avance vers l'immense tambour suspendu à l'horizontale. Commence une formidable prestation de percussions durant laquelle les quatre moines se relaient pour tirer du tambour géant une enfilade de sons qui se répercutent sur les flancs du cirque de montagnes encore plongées dans la nuit.

Après le tambour, les percussionnistes s'avancent vers la cloche, qui fait cinq mètres de haut, pour trois de diamètre. À tour de rôle, ils la frapperont 33 fois un chiffre qui, en numérologie bouddhiste, symbolise les 33 étapes de l'éveil à l'aide d'un madrier suspendu. Après, ils passeront au Mok-Tak, un tronc évidé et sculpté en forme de poisson, puis au gong pour conclure.

Pascal Glisser et Déposer

Canon bouddhiste


Le monastère d'Haeinsa est un ensemble de bâtiments blotti sur les flancs du mont Kaya, dans le parc national de Gayasan, en Corée. Comme une quinzaine d'autres centres bouddhistes du pays, il accueille des visiteurs venus pour méditer, ou tout simplement en curieux. Mais ici, on n'est pas dans n'importe quel centre bouddhiste. C'est dans le Janggyong Pango, un pavillon du complexe, qu'est conservé le Tripitaka Koreana : un jeu de 81 340 tablettes de bois sur lesquelles des moines copistes ont gravé le canon bouddhiste, au XIIIe siècle. Cette singularité et la qualité de son architecture ont valu a Haeinsa d'être inscrit sur la liste du Patrimoine de l'humanité par l'UNESCO.

La séance de percussions, qui a duré une demi-heure, était censée répandre la parole de Bouddha dans l'Univers. À peine le dernier mugissement du gong a-t-il retenti que nous nous sommes dirigés vers le Dae-ung-jon, le sanctuaire principal, construit en 681 et reconstitué à l'identique au XVIIIe siècle, après qu'un incendie l'eut réduit en cendres. La cérémonie du Dharma, qui apaise l'esprit et chasse les mauvaises pensées, vient de commencer.

Dans la grande salle illuminée par une multitude de bougies et de lampions, une centaine de moines sont agenouillés devant l'autel soutenant les gigantesques statues dorées des trois Bouddha : Sakyamuni, le Bouddha historique, Vairocana, qui symbolise l'unité entre le monde matériel et le spirituel, et Maitreya, le Bouddha du futur qui viendra sauver les hommes. Ils ont entonné une longue mélopée pendant que l'un d'entre eux scandait le rythme sur un petit instrument de percussions.

La veille, à la cérémonie du soir, on nous avait distribué des livrets du Sutra du Diamant, nous invitant à nous joindre à la prière (un honneur dont je ne me suis pas prévalu, mon coréen étant par trop rudimentaire). Rien de tel ce matin-là, mais les chants, la lumière, le décor et l'ambiance auraient fait pâlir de jalousie le plus mégalomane des metteurs en scène de Hollywood.

La prière a pris fin un peu après 4 h. Nous avions deux heures à attendre avant le premier repas de la journée (comme la veille au soir, un assortiment de légumes servis avec du riz et une infusion d'orge, en guise de thé). Deux choix : aller se recoucher ou participer à l'interminable séance de méditation présidée par un moine dans un des pavillons du complexe. Comme la méditation se pratique également à genoux, j'ai décidé que mes articulations occidentales avaient assez souffert pendant la prière du matin et je suis reparti me coucher en attendant l'aube.

Une quinzaine de monastères bouddhistes accueillent les visiteurs en Corée. Dans certains d'entre eux, les visiteurs doivent participer aux corvées communautaires (balayer la cour et les lieux publics, par exemple). Les tarifs varient de 40 $ à 60 $US par jour, ce qui inclut les trois repas.

Pascal Glisser et Déposer

Photo André Désiront, collaboration spéciale

Photo et texte de la Presse

Pascal Glisser et Déposer

 

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