La renaissance de Miami

Général

La renaissance de Miami

André Désiront

La Presse

Collaboration spéciale

En cet après-midi de janvier, il fait bon vivre à la terrasse de l’Oriente, restaurant de l’hôtel Cardozo, à South Beach. Le pinot gris qui rafraîchit dans un seau à glace, l’ombre des grands parasols et la salade aux parfums d’Asie contribuent à adoucir la moiteur ambiante. Dans Ocean Drive, une procession de frimeurs se donnent en spectacle au volant de leur VUS, de leurs Mercedes ou de leurs Ferrari rutilantes. Sur le trottoir, chihuahuas et teckels promènent en bout de laisse des élégantes qui font tinter leurs breloques, indifférentes aux regards ébahis des visiteurs venus de Toledo, Ohio, ou de Grand Rapids, Michigan.

Voici une vingtaine d’années, aucun de ces promeneurs n’aurait osé mettre les pieds dans ce secteur de Miami Beach, aujourd’hui rebaptisé «district Art déco». Les hôtels considérés comme des modèles architecturaux, tels le Cardozo, le Tides, le Leslie ou le Carlyle, avaient depuis longtemps franchi le seuil de la décrépitude. Ils étaient occupés par des retraités démunis, attirés par la douceur du climat et les loyers adaptés au minimalisme de leurs chèques de sécurité sociale. Stimulée par l’arrivée des réfugiés cubains, la hausse du taux de criminalité avait découragé les touristes des classes moyennes et supérieures. La clientèle clinquante et les barons du monde interlope avaient déserté les grands palaces des environs de la 50e Rue, comme le Fontainebleau ou l’Eden Roc, pour se replier sur Palm Beach, les Bahamas ou les îles Vierges. Miami n’avait plus la cote.

C’est l’arrivée de Barbara Capitman, une originale férue d’architecture, qui a mis un frein à cette chute aux enfers. Entrevoyant la richesse du patrimoine architectural, elle fonda la Miami Design Preservation League, en compagnie d’amis. En 1979, elle réussit à faire inscrire dans le Registre national des bâtiments historiques un ensemble de blocs compris entre les 5e et 17e Rues. Le district Art déco venait de se voir conférer une identité officielle. Mme Capitman intéressa des promoteurs qui rénovèrent les édifices les plus marquants. Toujours à l’affût des dernières tendances en matière d’esthétique, les membres de la communauté gaie inscrivirent South Beach – SoBe, pour les habitués – sur la liste de leurs destinations favorites. Leurs façades repeintes dans les tons pastel d’origine, le Carlyle, le Cardozo, le Tides, l’Essex House, le Victor et bien d’autres, rouvrirent leurs portes au début des années 90, transformés en hôtels-boutiques.

Aujourd’hui, les restaurants et les bars prospèrent dans Ocean Drive, la Collins et les deux artères piétonnes qui leur sont perpendiculaires, Lincoln Road et Espagnola Way.

On trouve à South Beach des édifices architecturalement conformes aux principes édictés à l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes de 1925 à Paris : lignes épurées, façades ornées de bas-reliefs aux motifs floraux stylisés, usage de matériaux comme la brique de verre ou les planchers de mosaïque. La touche locale – les espèces végétales stylisées sur les bas-reliefs, notamment – leur valurent d’être qualifiés de «Tropical Deco». Outre les hôtels mentionnés ci-dessus, un des plus remarquables édifices du genre est le monumental bureau de poste à l’angle de Washington Avenue et de la 13e Rue. Mais le patrimoine architectural de SoBe inclut également d’autres styles : le MiMo, pour «Miami Modern», qui vit le jour dans les années 50 avec l’asymétrie pour trait dominant, ou encore le «Mediterranean Revival», d’inspiration hispanique, qu’on retrouve dans le Spanish Village, autour d’Espagnola Way.

Pascal Glisser et Déposer

L’attrait de SoBe se fait aujourd’hui sentir bien au delà du district. La vague de rénovations s’est répandue jusqu’à la 50e Rue et une bonne partie des touristes, qui fréquentent les restaurants d’Ocean Drive ou de Lincoln Road logent aujourd’hui dans des hôtels situés au nord du secteur Art déco. Allergiques au tourisme de masse, les membres de la communauté homosexuelle ont déserté les lieux. Ils se sont repliés sur le « Design District », quartier de Miami situé entre la 36e et la 41e Rues, de l’autre côté de Biscayne Bay. Là, Craig Robins, un des promoteurs à l’origine de la renaissance de SoBe, a rénové d’anciennes manufactures et des édifices commerciaux. Séduits, artistes, antiquaires et galeristes s’y sont installés. Et le Design District est aujourd’hui le quartier de prédilection d’une bohème branchée et financièrement bien pourvue.

Les touristes riches sont revenus, eux aussi. Ils achètent des condos dans Coconut Grove et dans Coral Gables. Toutes les grandes marques internationales du luxe se sont installées dans Miracle Mile et dans son enclave du «Village of Merrick Park», devenue la Mecque du magasinage pour les millionnaires des deux Amériques. Les capitaux transférés d’Amérique latine vers les banques locales ont contribué à un formidable boom immobilier au centre-ville de Miami. Mais il n’y a pas que les capitaux qui ont afflué. Les deux tiers de la population du comté de Dade, qui englobe le Grand Miami, ont l’espagnol pour langue maternelle et la majorité ne sont pas cantonnés à des petits boulots dont les Américains d’origine ne veulent plus. Ils se sont intégrés aux classes moyenne et supérieure. Et ils exercent une influence qui imprègne l’ambiance. Miami, ce n’est pas l’Amérique latine, mais ce n’est plus les États-Unis, tels qu’on les connaît.

Source La Presse

Pascal Glisser et Déposer

Le Congress Hotel, Ocean Drive, un des nouveaux venus de Miami.
Photo André Désiront

Pascal

Merci Pascal,

En mars dernier j'avais le goût de faire une petite escapade de 4 jours et j'ai essayé South Beach à Miami, wow j'ai adoré, assez que j'ai donné le goût à une de mes collègues d'y aller et qu'à son tour elle a beaucoup aimé.

D'ailleurs j'ai fais un montage photos sur VAR pour ceux que ça intéresse.

Bye Bye

Voici le lien pour mon montage photos de South Beach :

http://photoshow.voyagesarabais.com/getshow.asp?ps=E32147D6F2132

Merci Gaby , quelles belles photos , cela m'a permis de revir des bons souvenir .

sara

Merci pour les belles photos

Pascal

Merci Pascal pour ce texte! Ça m'intéresse! Je quitte justement le 13 février pour 10 jours! Glisser et Déposer

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